Être artiste en 2026 : l’art a-t-il besoin de validation pour exister ?

Depuis quelque temps, je parle souvent de la posture d’artiste parce que c’est un sujet qui me passionne mais dès que j’évoque cette question, on me ramène presque toujours à l’Art avec un A majuscule, qu’on oppose à l’art commercial, et parfois même à tout ce qui, selon certains, ne mériterait même pas d’exister.

Et c’est précisément là que je crois qu’il est temps de se poser les questions suivantes :

L’art a-t-il besoin d’une validation pour exister ?
Et l’artiste a-t-il besoin de reconnaissance pour être nommé ou désigné comme tel ?

Le réflexe du tribunal

Je ne compte plus les variations autour de la même mécanique. Elle est simple, brutale, et très confortable pour celui qui la prononce : “Ça, ce n’est pas de l’art.” “Ça, c’est amateur.” “Ça, c’est de la m*.” “Ça, ce n’est pas être artiste.”

Ce qui me frappe, ce n’est pas le désaccord. Le désaccord est normal, sain, parfois même fertile. Ce qui me frappe, c’est le réflexe de verdict. Comme si l’art devait être un territoire surveillé, avec des frontières, des douanes et des papiers à présenter.

Oui, il existe un système de reconnaissance. Et il compte.

Soyons clairs. Oui, il existe un système de reconnaissance qui joue un rôle fondamental. Les galeries, institutions, critiques, collectionneurs… valident et légitiment. Ils fabriquent la valeur de l’art sur le marché.

Ce système a une fonction réelle. Il donne des repères. Il rend visible. Il sélectionne. Il permet à beaucoup de personnes d’accéder à une forme de cartographie, au lieu de se perdre dans l’infini de ce qui se crée.

L’institution consacre encore, et c’est très bien ainsi, mais elle n’a plus le monopole. Et selon moi, c’est là que ça devient très intéressant.

Le problème commence quand on confond la sélection avec la création dans son entier

La consécration a une utilité. Elle rend une partie de la création accessible et/ou intelligible à tous, et c’est précieux. Le problème commence quand on confond cette sélection avec la création dans son entier. Parce que ce système ne consacre qu’une partie de la création. Mais le reste existe quand même. Immense. Vivant. Souvent invisible.

La création est un iceberg. La partie émergée est celle qui est montrée, commentée, achetée, institutionnalisée. Mais la partie immergée est infiniment plus vaste. Et c’est précisément dans cette partie immergée qu’on trouve des pépites.

Vivian Maier : l’œuvre existait avant la reconnaissance

Vivian Maier était nounou. Elle a beaucoup photographié pendant des années. Avec une constance et une vision qui, aujourd’hui, ne font plus débat. Inconnue de son vivant, elle n’a pas eu la reconnaissance publique. Pas de validation au sens classique.

Et pourtant, l’œuvre existait déjà. Entière. Présente. Vivante. Avant d’être même d’être reconnue. Ce que cette histoire montre c’est que la reconnaissance peut arriver très tard et même après le décès de l’artiste.
L’existence de l’œuvre ne dépend pas du moment où le monde la regarde.

Un autoportrait  carré et en noir et blanc de Vivian Maier pris à New York en 1954.

Self-portrait, New York, 1954
Vivian Maier

© Estate of Vivian Maier, Maloof Collection and Howard Greenberg Gallery

Ce que le système voit, le plus souvent

Ce que le système voit surtout, c’est la pointe émergée.
L’œuvre finie. Le récit officiel. Le nom sur un cartel.
Or, pour que le système reconnaisse quoi que ce soit, il faut que quelque chose soit créé, d’abord.

Et ce “d’abord”, c’est l’atelier. Le geste. La recherche. Les reprises. Les essais ratés. Les doutes. Les élans. La présence.
Tout ce qui n’entre pas dans un communiqué de presse, et encore moins sur un cartel.
Il y a ce qui fait qu’un homme ou une femme décide de consacrer tout ou partie de sa vie à la création.

Le A majuscule : utile, mais dangereux

Et dans ce tribunal que j’évoque plus haut, il y a souvent un détail révélateur. Le A majuscule qu’on pose sur le mot Art : L’Histoire de l’Art, l’Art des musées, l’Art médiatisé…

Pourquoi pas. On peut très bien réserver la majuscule à cet Art “consacré”et institutionnalisé.

Le problème, ce n’est pas le A majuscule. Le problème, c’est ce que ce dernier fait dans la tête de ceux qui le brandissent. Parce que cela peut créer une confusion majeure en faisant croire que ce qui n’est pas consacré n’existe pas vraiment. Ou pire, que ça ne devrait pas exister.

Et c’est là qu’on écrase l’essentiel. L’humain qui crée. L’atelier. Le geste. La recherche. Les doutes. Les élans. La présence. En bref, tout ce qui existe bien avant la validation extérieure.


Hilma af Klint : quand l’Art arrive après la création

Un autre exemple le dit autrement, avec une force presque ironique. Hilma af Klint, artiste suédoise, a créé une œuvre immense restée quasi invisible de son vivant, conservée à l’écart, avant d’être redécouverte bien plus tard.
Son travail n’est pas devenu de l’Art le jour où il a été exposé. Il l’était déjà. La reconnaissance est arrivée bien après.

Quand on regarde Vivian Maier et Hilma af Klint côte à côte, on voit une chose très simple. La création ne naît pas dans l’institution. La création naît dans l’humain et son intimité. Il existe bien entendu des milliers d’autres exemples, dont certains bien plus connus.

Les 10 plus grands, la Jeunesse, Groupe 4
1907.
Hilma af Klint

Ma définition aujourd’hui, certainement très imparfaite

Je ne prétends pas définir l’art une fois pour toutes. Je donne une définition qui n’est que la mienne, aujourd’hui. Ce qui suppose qu’elle pourrait évoluer dans les mois ou années qui viennent.

Pour moi, l’art, c’est quand une création porte une intention et une présence récurrente à l’acte de créer.
C’est quand s’ouvre un espace, même minuscule, dans le regard de l’autre, et parfois d’abord dans le regard de celui ou celle qui a créé.

Et l’artiste, c’est celui ou celle qui accepte de se mettre en jeu, de chercher, de tenir le cap sans intention de plaire ou cocher une case.

Dans mon atelier, je vois souvent que l’acte de créer touche à quelque chose de plus vaste que la seule “production”. Il y a une dimension intérieure, parfois spirituelle, parfois brûlante. Une lumière intérieure qui insiste. Un endroit où l’on ne fabrique pas seulement des images, mais où l’on se fabrique soi-même. En bref, une dimension extrêmement intime et finalement très éloignée de la validation ou reconnaissance hypothétiques qui pourraient advenir. Et c’est précisément pour ça que je refuse le tribunal. Parce que juger de haut, c’est souvent s’empêcher de percevoir ce que la création engage chez nous autres artistes et humains.

Conclusion

Nous sommes en 2026. L’institution consacre et valide encore, et c’est très bien ainsi.
Mais à l’heure de la mondialisation extrême et des réseaux sociaux qui pulvérisent les frontières, son monopole se fait moins puissant. Et ce déplacement ouvre de nouveaux territoires avec :

Plus de liberté. Plus de diversité.
Plus de créations visibles hors des chemins classiques.
Et peut-être, moins de peur de “ne pas avoir le droit”.

👉 Et pour vous, qu’est-ce que c’est qu’être artiste en 2026 ?
Je vous lis dans les commentaires.

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